Destination : 67 , ANNIVERSAIRE 3 "L'Echo d'Ailleurs"


La paire de mères mairesses sans pères : une bien triste affaire



Nous sommes à même de vous révéler enfin la clé du mystérieux mystère de l’est varois, celui qui défraya nos chroniques il y a peu. En effet, nos lecteurs ne seront pas sans se souvenir de cette ténébreuse histoire qui ensanglanta la une de notre périodique, si l’on peut s’exprimer ainsi, en l’occurrence, alors même qu’il n’y eut aucune goutte de sang versé. Bien que l’affaire remonte à Pâques dernier, et que l’agneau pascal… Mais revenons à nos moutons et ne ménageons plus le suspense.
En authentiques professionnels, nous nous sommes donc, depuis, livrés à une enquête rigoureuse, qui nous a menés sur des pistes bouleversantes. Nous ne pouvions vous laisser dans l’incertitude plus longtemps, nous vous devions l’entière vérité. Nous importe la veritas, quelle qu’elle soit, pourvu qu’on ait l’ivresse, c’est la devise de notre journal, vous le savez.
Doncques, Mme Mater, mairesse de la commune de Familias, une charmante bourgade viticole, dont le propriétaire de notre journal est d’ailleurs originaire et Mme Dolorosa, qui dirige de main de maîtresse la petite ville de Piéta, toutes deux situées dans notre charmant bas Var, avaient décidé récemment de se pacser.
Or, cette opération, qui aurait vu le rapprochement des deux communes et la mise en commune de leurs richesses, ainsi que de leurs territoires, avait alors tristement échoué.
En effet, le Pacs doit être obligatoirement célébré sur la commune qui abrite les pacsés. Mais, de plus, on ne peut être juge et partie, tête et couvre-chef, pacseur et pacsé. Au-delà de cette difficulté déjà remarquable, qui aurait pu se résoudre par une sorte de jeu de chaises musicales – loin de nous cependant de prétendre que le Pacs est un jeu, ne vous méprenez pas – Mme Dolorosa prononçant l’union dans son habit de maire – ou de mairesse, qu’importe – et, se déshabillant à vive allure, se projetant aussi vite que possible sur la chaise qui lui faisait face, pour recevoir la bénédiction à retardement qu’elle venait de prononcer.
Pour ce faire, il fallait cependant remplir les conditions.
Mme Dolorosa, finalement choisie par Mme Mater pour procéder sans délai au pacsage – ou à la pacsation, comme vous le voudrez, Monsieur Bob ne s’est pas encore prononcé sur le sujet épineux du nom de l’acte – a demandé à Mme Mater de lui fournir un acte de naissance, afin de constituer le dossier nécessaire. Or, Mme Mater est née sous X et a, de surcroît perdu le moindre de ses papiers dans l’incendie qui a ravagé son domicile récemment, à cause de l’imprudence de sa fille, qui jouait avec les allumettes, comme n’importe quelle fille sotte. Mme Mater, dépitée, dans l’impossibilité de fournir le document demandé, réclama de façon peu amène la réciproque de la part de à Mme Dolorosa. Hélas, le père de la maire avait pris la clé des champs à sa naissance en emportant les papiers avec lui. Sa fille, par ailleurs (pas la fille du père, non, la fille de la maire), déclarait à qui voulait l’entendre que sa mère était extrêmement amère. Elle fit courir dans le landernau des bruits étranges, comme quoi sa mère ne serait plus sa mère si elle se pacsait avec la maire, que par ailleurs, elle avait toujours trouvé Mme Mater trop masculine. On pouvait se demander, rajouta-t-elle assez grossièrement, ce qui fit le tour du pays, si elle n’était pas nantie d’une solide paire de…
Finalement, tout s’est soldé par une séparation, ce qui est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles et qui clôt avec brio une bien ténébreuse affaire.

Marcelle Mutter
Correspondante à Piéta

Christine C.